Pour developper vos affaires en Roumanie, en Moldavie et dans les pays Francophones
 

Interview avec Monsieur Victor Babiuc,

Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Roumanie

 
par François Renaut et Bogdan Boboc

 
 

Rédaction : Nous vous remercions pour cette interview. Si nous vous avons bien compris, c’est parmi les premières interviews que vous accordez pour une revue internet. Pour commencer, pouvez-vous nous dire quelques mots en ce qui concerne votre carrière ?

CCIR : Ma formation est celle de juriste. Toute ma vie j’ai eu une carrière juridique. J’ai été député, Ministre de la Justice, Ministre de l’Intérieur, Ministre de la Défense. A partir de 2003 je me suis retiré de la vie politique. En février 2005, j’ai été élu Président de la CCIR. En parallèle, même à partir de 1973, j’ai été arbitre à la Cour d’Arbitrage auprès de la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Roumanie, et en 1990 je suis devenu le Président de cette Cour.

     

Rédaction : Vous êtes un observateur documenté et expérimenté. Quel est le rôle de la CCIR du point de vue de la facilitation de l’implantation des sociétés étrangères en Roumanie ? Quelles sont les plus importantes mesures adoptées jusqu’à présent et quelles seront les prochaines mesures ?

CCIR : Théoriquement, la CCIR devrait jouer le même rôle comme n’importe quelle chambre de commerce de l’occident, c’est-à-dire de défendre et de promouvoir les intérêts des hommes d’affaires, de les représenter dans leurs rapports avec les autorités, d’être un conseiller économique pour chaque gouvernement, de faciliter, par tous les moyens, le développement des échanges commerciaux. Malheureusement, pas toutes les choses mentionnées ci-dessus, qui, je le répète, sont normales dans les pays occidentaux, se passent aussi en Roumanie. Il y a une certaine réserve de la part du gouvernement et des autorités roumaine. CCIR a représenté une sorte d’annexe utilisée seulement au moment où le gouvernement en avait besoin, et c’était tout.

La CCIR est une institution avec des objectifs précis, et, en effet, il faut retenir que la CCIR peut être utile en même temps au gouvernement (en tant que conseiller gratuit), mais aussi aux hommes d’affaires.

Revenant à votre question, dans l’actuelle structure, la CCIR est un facteur de stimulation des relations et des rapports commerciaux avec l’étranger. La CCIR facilite le développement et la constitution de sociétés commerciales, facilite les contacts avec les autorités (surtout avec les ministères économiques), fournit des informations à toutes les personnes qui viennent chez nous (dans quels domaines on peut faire des affaires, avec qui il faut entrer en contact, quelles sont les formalités à suivre etc).

Nous avons créé environ 30 chambres de commerce bilatérales avec lesquelles nous sommes dans une étroite collaboration. Je vais vous mentionner seulement quelques-unes : roumaine-turque, roumaine-canadienne, roumaine-moldave etc. Nous participons à des diverses commissions des hommes d’affaires, nous sommes aussi présents à des conseils bilatéraux que le gouvernement a dans différents pays dans le domaine économique. Nous faisons tout ce qui nous est possible pour que les choses avancent, pour que les relations commerciales et de coopération avec un nombre maximum de pays deviennent plus consistantes.

Bien sûr, tout dépend aussi de la croissance économique de la Roumanie, qui, à partir de 1990 jusqu’à présent a été assez sinueuse. Mais, la croissance économique moyenne de 5% enregistrée les 8 dernières années est encourageante.

Je crois qu’on peut affirmer que la CCIR jour un rôle positif, fait des efforts pour la préparation des hommes d’affaires en vue de l’intégration dans l’Union Européenne. Un sondage de 2004 indiquait que seulement 11% des hommes d’affaires étaient préparés pour l’intégration dans l’UE. C’était un pourcentage assez faible et la situation était assez grave. Si on regarde les pays qui sont déjà entrés dans la communauté européenne, on peut voir que l’interaction avec le marché unique a été très dur : des grosses exigences, une concurrence acerbe, des règles très strictes etc. Si tu n’es pas bien préparé, les chances d’entrer dans un collapsus sont réelles. Nous avons essayé de sensibiliser aussi les ministères économiques en ce qui concerne la nécessité de préparation des hommes d’affaires roumains, mais les résultats n’ont pas été significatifs.

D’autre part, nous avons essayé d’expliquer aux gens d’affaires que sans une restructuration des activités en concordance avec les performances de l’étranger, sans la modernisation de la production, du management, les chances de survivre sont faibles.

Il paraît que nos démarches ont eu du succès : des sondages plus récentes indiquent qu’environ 60% des hommes d’affaires peuvent être considérés comme préparés. C’est un progrès et un résultat de l’effort de la CCIR.

En même temps, nous avons divers contacts, nous avons organisé des missions économiques à l’étranger et à Bucarest. Le but : la connaissance des hommes d’affaires et des possibilités d’établir de nouvelles relations d’affaires. Tout cela parce que nous nous sommes rendus compte que l’information d’affaires – de Roumanie en France, de Roumanie en Egypte, de Turquie en Roumanie etc. – ne circule pas. Les hommes d’affaires ne connaissent pas les opportunités présentes dans d’autres pays, ils ne se connaissent pas entre eux, et à cause de ce motif, la confiance, qui est un élément indispensable dans l’activité commerciale, n’existe pas. Le contact entre les hommes d’affaires est extrêmement important. Nous avons essayé et nous avons réussi dans beaucoup de situations à identifier des modalités de transmission périodique d’informations et de réalisation de contacts.

Rédaction : Le Sommet de la Francophonie – l’événement le plus important de l’année – a comme thématique l’information. Comment appréciez-vous l’influence de la zone francophone ?

CCIR : La Francophonie a joué et joue un rôle important dans l’évolution mondiale, dans les plans culturel, politique, économique. Mais, je crois que, les pays francophones ne sont pas suffisamment solidaires. Ils devraient dépasser avec conviction le plan culturel – qui marche très bien – et aborder les plans politique et économique. Une plus étroite collaboration dans tous les domaines est vraiment nécessaire. Et la Roumanie, qui fait partie des pays francophones d’environ 200 ans, doit être présent et actif dans ce club. C’est aussi la raison pour laquelle la CCIR désire s’impliquer sérieusement dans l’organisation du Sommet de la Francophonie. Nous avons déjà des contacts avec l’Ambassade de France, avec le Ministère des Affaires Etrangères etc et nous sommes prêts à contribuer au succès de cet événement qui est si important. Je le répète : la francophonie est un élément actif de nature à générer des énergies et, de ce point de vue, il faut que cela devienne plus efficace. L’émulation générée par la francophonie est utile pas seulement aux pays européens, mais aussi aux pays de tous les continents.