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Interview avec Monsieur Frédéric Baleine du Laurens, Directeur Adjoint des Affaires Politiques et de Sécurité, Ministère des Affaires Etrangères, France

 

 
 

Interview réalisée à l’occasion du « Black Sea Forum », Bucarest, Roumanie, juin 2006

 

 

Rédaction  : Je vous remercie de vous prêter à cette interview. Nous vous prions de nous préciser quelle est votre fonction et quelle est la justification et l’intérêt de votre présence à ce forum de la Mer Noire qui se déroule à Bucarest.

MAE, France  : La Roumanie a pris l’initiative de lancer ce Forum de la Mer Noire pour le dialogue et la coopération avec les pays riverains de la Mer Noire. Très aimablement, la Roumanie a invité mon pays à s’associer à cette initiative et la France a dit spontanément « oui ». Malheureusement, comme Monsieur le Ministre Philippe Doust-Blazy n’était pas disponible pour se rendre aujourd’hui à Bucarest, il m’a demandé d’y participer et de le représenter. Je suis le Directeur Adjoint des Affaires Politiques et de Sécurité, au Ministère des Affaires Etrangères.

Rédaction  : En plus, cette année se complète d’un événement exceptionnel qui est le Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement en septembre 2006 à Bucarest. Est-ce que cela traduit de plus en plus un intérêt de la France pour la Roumanie et pour la région de la Mer Noire et les pays émergents ?

MAE, France  : Définitivement oui, le Sommet de la Francophonie qui se tiendra ici même dans quelques mois à peine, sera un événement fort important à la fois pour les organisateurs, les participants et les organisations qui participent à la francophonie, mais également comme symbole des relations exceptionnellement fortes, durables et étroites qui existent entre la France et la Roumanie. Donc c’est un moment fort qui se prépare actuellement.

La réunion d’aujourd’hui ne se situe pas exactement dans cette perspective, mais elle est parfaitement cohérente avec le Sommet de la Francophonie. Elle ne se situe pas dans la même perspective parce qu’elle a pour objet de susciter une coopération plus étroite entre l’ensemble des partenaires qui à un titre ou à un autre sont engagés ou voudraient s’engager dans la région de la Mer Noire. Mais ça touche également des organisations mondiales comme : l’OTAN, l’UE, le Conseil de l’Europe etc et aussi, c’est important de le noter, des organisations non-gouvernementales, la société civile et puis le monde des affaires, les techniciens, les ingénieurs, les chercheurs, les historiens, les diplomates etc qui ont l’intérêt de travailler dans cette région – ils vont trouver dans ce forum un lieu propice pour faciliter et favoriser leurs travaux et leurs collaborations. Et comme vous le voyez, le nombre des participants est considérable.

La Roumanie a pris une très bonne initiative, le dialogue et le partenariat – ces 2 mots sont à l’évidence les mots clés pour construire quelque chose de durable.

Il ne faut pas exclure ou rejeter la tension, les crises, voire les guerres. On sait très bien qu’il y a soit sur les bords de la Mer Noire soit dans les régions proches des crises « gelées » ou ouvertes – l’Ossétie du Sud, la Transnistrie etc… l’absence de solution affecte gravement la sécurité et la stabilité de la région et même l’ensemble des pays concernés et européens. L’idée de promouvoir le dialogue plutôt que la crise, que les solutions militaires est évidemment une idée essentielle.

Il y a des crises, mais il y a aussi les discussions sur le développement économique en particulier sur quelques sujets, domaines que je voulais mentionner :

 

  • L’énergie comme le pétrole, le gaz, toutes le formes et ce qui est lié – transport et infrastructure transport.
  • L’environnement. Il suffit de se souvenir de la terrible crise de Tchernobyl. Mais il faut penser aussi à l’environnement concernant le Danube, la solution ne peut être que dans la coopération internationale. C’est clair que ce n’est pas un seul pays qui doit résoudre les problèmes.
  • La lutte contre les grandes menaces : le terrorisme, le trafic criminel (en particulier le trafic humain), l’immigration illégale. A cet égard, je me réjouis que l’OMI soit complètement présente et active en Roumanie.
  • Le dernier domaine que je voulais mentionner et qui justifie la présence de mon pays et son intérêt, c’est que la Mer Noire doit avoir une relation forte avec l’Union Européenne. La Roumanie et la Bulgarie (qui est aussi pays riverain de la Mer Noire) vont entrer très prochainement dans l’Union Européenne. Cette région va avoir un développement capital. Il y aura un rééquilibre de l’Union Européenne dans son centre de gravité.

Au-delà, c’est toute une forte volonté que l’Union Européenne développe des relations avec les pays riverains de la Mer Noire. Il faut mentionner aussi la Russie, on développe un partenariat de stratégie. Il faut nourrir ensemble les collaborations aussi l’espace russe. Vous savez aussi que l’Union Européenne a commencé les discussions d’adhésion (qui seront longues) avec la Turquie, un autre pays riverain de la Mer Noire. C’est un enjeu politique capital pour la Turquie mais aussi pour l’Union Européenne.

L’ Union Européenne est en train de développer une relation forte basée sur ce qu’on appelle la politique européenne de voisinage avec l’Ukraine, la République de Moldavie, la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan. Cette politique est en train d’être mise en place par des plans d’actions que l’Union Européenne négocie et signe avec chaque pays. Une grande ambition politique qui se fera progressivement, étape par étape, méthodiquement.

Merci Monsieur le Directeur !

 

par François Renaut et Bogdan Boboc